BERTHOU

Peintre

 

 

Aller à la rencontre de Berthou est d‘abord une affaire de confiance. Cet artiste plasticien qui frise aujourd’hui la soixantaine, est un homme secret.

 

S’il vient à la peinture, c’est d’abord par le biais de son amour pour le Japon. Amour passion déclenché comme un coup de foudre au contact de japonais rencontrés à Paris alors qu’il était encore presque « gamin »  et travaillait dans un hôtel pour arrondir ses fins de mois. Il apprend alors la langue avec une ardeur quasi furieuse, prend des leçons particulières et s’envole pour Tokyo pour y rester le temps qui lui semblera nécessaire pour déchiffrer, comprendre, « entendre » ressentir le pays, ses habitants, leurs gestes, leur relation artistique au monde, relation vécue comme un art dans les moindres gestes du quotidien.

 

Il dit aujourd’hui :« je pense parler un japonais très pur » même si, d’après lui, il ne connaît pas tous les idéogrammes. Ce lien à une écriture peinte, à une  gestuelle épurée toujours en relation avec la spiritualité, à une alimentation qui propose une cérémonie et se présente d’abord comme un graphisme élaboré inspire Berthou et imprime sa marque dans toute son œuvre. Le japon, le met « en situation de peinture » comme Roland Barthes est mis « en situation d’écriture » dans le même pays.

 

« Pour travailler, dit-il, je suis très organisé. J’ai besoin à la fois de silence et de réminiscences ». Il a dévoré tous les livres d’art comme un ogre ses enfants. Provocateur, il affirme : « Dans les livres on voit mieux, on prend son temps, dans les musées, il y a les autres…. ». Il a ainsi besoin de cette replongée vers ceux qui l’ont nourri. Son travail peut alors prendre sa dimension quasi obsessionnelle.  Il procède par théories, le tableau étant le fruit de la recherche de l’épure maîtrisée. Rien n’est laissé au hasard. 

migrations

« Migrations » est le fruit d’une longue maturation. Les nombreux portraits qui composent cette « galerie humaine » contemporaine sont une sorte de manifeste qui va à contre courant des techniques modernes de duplication tout en simulant leur utilisation.

 

Ce n’est que dans le silence monacal de l’atelier, que Berthou trouve ce qui est à la fois commun et différencié chez ceux mêmes qui peuplent l’espace si divers de « la face humaine ». Dans cette « collection » on peut retrouver des correspondances quasi musicales : on pense en effet à la musique répétitive de Steve Reich qui dans sa réitération incessante conduit progressivement l’auditeur d’une tonalité dans l’autre.

 

Quasiment sans bouche ni yeux ni nez, seuls cependant les contours, les couleurs, les matières font l’homme. De cette suggestion nait chez le spectateur l’intuition émotionnelle de l’autre comme si l’on pénétrait par transmutation dans l’histoire proposée des visages et l’intimité partagée des destins.  Berthou invite à « voir » l’essentiel avec des yeux intérieurs.

 

Les tableaux peuvent se lire seuls ou dans la totalité de leur rythme répétitif comme une « migration » d’un portrait à l’autre. Certes, on retrouve chez Berthou l’influence prégnante des maîtres contemporains et celle quasi paternelle de Picasso. Cependant, le travail du peintre est bien le sien, presqu’obsessionnel, cherchant encore et encore, avec le désir précis d’une perfection du geste, la justesse et la vérité de chaque homme dans le portrait qu’il en fait.